3) Sécuriser la ressource en eau



3.2) Les moyens de stockage


Acheminer l’eau sur son exploitation est une chose, mais encore faut-il prévoir et installer des éléments pour stocker l’eau, qu’elle provienne des précipitations ou qu’elle soit acheminée par une pompe. La partie suivante présentera donc différents réservoirs réalisables afin de stocker l’eau. Nous nous concentrerons ici sur les citernes externes mais de nombreux autres réservoirs sont envisageables tels que des cuves enterrées, des retenues hors-sol, etc. (sera abordé dans la partie "Hydrologie régénérative, l'exemple du Keyline design").


3.2.1) Citerne fermée ou bassin ouvert ?


La citerne fermée à l’avantage de protéger l’eau des éléments organiques, de la lumière et du vent (évaporation) mais elle est souvent limitée en volume et plus onéreuse.

Le bassin de plein air permet le stockage de grandes quantités d’eau, mais favorise le développement des bactéries et des algues qui risquent de colmater la crépine de pompage, de plus la perte d’eau peut être importante : jusqu’à 10 litres/jour/m².


3.2.2) Les citernes en pierre


Certaines zones telles que les causses calcaires étaient pourvues de citernes souterraines en pierre pour le stockage de l’eau de pluie tombant sur les toitures. Des enduits à base de chaux assuraient leur étanchéité.
L’enduit traditionnel « Tadelak » originaire d’Afrique du Nord servait à réaliser divers ouvrage étanches : fontaines, bains, citernes. Leur qualité mécanique, leur tenue dans le temps et leur totale étanchéité sont exceptionnelles.


3.2.3) Les citernes et bassins en béton


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On peut compter quatre techniques d’usage du ciment pour la réalisation de citernes :
- Le béton banché (parpaings contenant des fers à béton) (figure 43a)
- Le poteau-poutre (parpaings, entrecoupés de poteaux, contenant des fers à béton) (figure 43b)
- Le ferro-ciment (maillage de fer cylindrique + enduit) (figure 43c)
- Le béton projeté (maillage + enduit dans une fosse) (figure 43d)


Figure 43a : L’entrelacement des rangées de parpaings avec les fers (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)
Figure 43b : Un ouvrier aplanissant le béton coulé dans le mur (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)
Figure 43c : L’armature d’une citerne ferro-ciment (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)
Figure 43d : Ouvrier posant l’enduit sur le grillage de carreleur (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)


3.2.4) Citernes souples


Les citernes souples (figure 44) sont constituées d’une membrane souple en pvc, ou plus rarement en caoutchouc synthétique (EPDM), formant une poche étanche avec des connections d’entrée et sortie d’eau. Ces citernes occupent une surface importante car leur hauteur ne dépasse pas 1,20m. Elles n’ont aucune armature interne et se posent sur un sol plan se gonflant avec l’apport d’eau comme un ballon. Une protection périphérique est conseillée pour protéger la bâche des détériorations : type grillage.
Les citernes souples ont le meilleur ration volume/prix mais sont bien sûr moins durables que les citernes béton ou plastique, leur mise en œuvre est très rapide et demande très peu de main d’œuvre.


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Figure 44 : Une citerne souple (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)



3.2.5) Citernes plastiques polyéthylène et polyester


De formes cylindriques, elles sont soit verticales, soit horizontales (voir figure 45). Réalisées en polyéthylène (PE) traité anti-uv et de couleur opaque elles offrent une bonne qualité de stockage de l’eau et une bonne durabilité. Leur poids (env 300 kg pour 12 m³) facilite la manutention. Ces citernes devront être installées sur une dalle béton répondant aux normes préconisées par le fabriquant. Placées en hauteur, elles peuvent facilement constituer un « château d’eau » pour une irrigation par gravité.

Les citernes polyester sont utilisées en cave coopérative, elle sont légères et résistantes et peuvent se trouver d’occasion. Elle doivent être protégées du rayonnement ultra-violet et ne peuvent donc être posées en extérieur.


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Figure 45 : Une citerne plastique en polyester (source : Baiser environnement)



3.2.6) Bassins avec membrane plastique souple


Une membrane en pvc souple ou en EPDM (caoutchouc synthétique) de 0,75 à 2 mm est placée sur un géotextile protecteur qui vient sur l’excavation (voir figure 46). Ces membranes de diverses largeurs peuvent être assemblées par collage. Des éléments de traversées de membrane spécifiques permettent de placer des entrées et sorties aux endroits utiles.


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Figure 46 : Un sol bâché, qui fera office de bassin (source : Formation FD CIVAM 30 : « Autonomie en eau »)



3.2.7) Cas des mégabassines


Les mégabassines (voir figure 47) sont le terme retenu dans le débat public pour qualifier les stockages d’eau de grande taille, pour alimenter l’irrigation en plaine en période de sécheresse.



Le terme officiel désignant ces ouvrages est « réserve de substitution », faisant référence au captage d’eau en période de hautes eaux afin de la rendre disponible en période estivale. L’eau des réserves de substitution est pompée dans les nappes libres environnantes ou, plus rarement, dans les rivières. Cette eau est acheminée, au moyen d’un réseau de tuyaux, dans des contenants étanches dont la localisation s’affranchit de celle des cours d’eau.

Dans un contexte de restriction structurelle des volumes autorisés au prélèvement, les porteurs de projets de mégabassines misent sur la substitution, présentée comme un moindre mal, pour perpétuer l’irrigation et assurer la production. Cette logique de substitution pose néanmoins des problèmes. En toute saison, l’eau est utile aux espèces animales et végétales, ce dont les évaluations font peu cas. Par ailleurs, l’eau des bassines s’évapore dans des proportions peu connues qui pourraient aller de 3 à 11% du volume total pour la réserve de Mauzé-sur-Mignon (79), selon que l’on prend en compte ou non les pluies comme un facteur compensatoire. Concernant la qualité de l’eau stockée, un rapport de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne, gestionnaire d’ouvrages en Vendée, révèle la présence de cyanotoxines avec un risque de « contamination pour l’humain ».

À l’échelle de l’écosystème, la construction même de ces ouvrages constitue une artificialisation supplémentaire des sols sur une emprise de plusieurs hectares, pouvant détruire des mares temporaires, des prairies, à l’heure d’une érosion de la biodiversité, mais aussi réduire la surface agricole utile. À cette surface s’ajoutent les tranchées et l’installation de tuyaux.

Une étude, publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), simule des prélèvements d’eau envisagés leurs impacts sur le niveau des nappes d’eau souterraines et sur les débits des cours d’eau dans le cadre d’un projet de mégabassine dans le bassin versant Sèvre-Mignon-Courance. La BRGM met en garde sur l’impact de telles constructions sur la disponibilité de la ressource en eau : s’il y a un soutien au débit d’étiage et au niveau des nappes en été, la période hivernale à l’inverse verrait les débits des cours d’eau et le niveau de la nappe baisser. Le document explique par ailleurs qu’il ne faut pas pomper de l’eau en hiver sans repenser l’intégralité des prélèvements, quels que soient les saisons et les usages. Toutefois, les auteurs de l’étude reconnaissent les limites de celle-ci :
- L’étude est régionale : bassin versant Sèvre-Mignon-Courance
- Il ne s’agit pas d’une étude approfondie, ni exhaustive
- Le modèle utilisé est calé sur la période 2000-2011 et ne permet pas de prendre en compte des évolutions climatiques futures

Par ailleurs, le GIEC met en garde contre un risque de spirale « offre-demande » : une augmentation de l’offre en eau est susceptible d’accroître la demande. C’est-à-dire poussant certains agriculteurs à irriguer davantage pour atteindre une production maximale et en laissant de côté les premières solutions à mettre en œuvre : les pratiques agroécologiques pour les économies d’eau.

En somme, les mégabassines modifient la dynamique de l’eau. Elles sont une réponse aux sécheresses estivales et peuvent vite devenir des cas de mauvaises adaptations au changement climatique sans une étude approfondie sur la dynamique locale de l’eau.



3.2.8) Bilan


Chaque type de citerne (ou bassin) présente des avantages ou des inconvénients, ainsi que différents investissements, que présente le tableau ci-dessous (figure 48).


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Figure 48 : Caractéristiques et coûts de différents moyens de stockages (source : Formation FD CIVAM 30 « Autonomie en eau », Alter’éco 30)



Pour en savoir plus

Alter’éco 30
Formations FD CIVAM 30
Acheminer l'eau sur son exploitation - Moyens de pompage


Sources :
Ouest France
Géo confluences
Reporterre
France Culture - La guerre de l'eau
Bureau de recherches géologiques et minières